La migration
des emplois vers le Sud
Nolwen
Henaff
Aux flux migratoires des
pays pauvres vers les pays riches se sont superposés
de manière croissante depuis une vingtaine dannées
des flux demplois de sens contraire. Les progrès
réalisés dans le domaine des transports, de linformation
et de la communication ont permis à la délocalisation
et à diverses formes dexternalisation de faire
désormais partie des possibilités dont disposent
les entreprises pour réduire leurs coûts, dans
le secteur de la production de biens comme de services, ou étendre
leurs marchés. Ce phénomène, que lon
peut qualifier de migration des emplois, a pris une ampleur
mondiale et suscite beaucoup dinquiétudes dans
les pays industrialisés, inquiétudes alimentées
par de nombreux licenciements et la détérioration
des conditions des travailleurs dans les pays de lOCDE
dans les années 1980 et 1990. La question " Trop
demplois partent-ils à létranger ?
" focalise un débat politique et social fortement
médiatisé dans les pays industrialisés.
Si de nombreux auteurs se sont intéressés à
la question de la mesure de limpact sur le travail et
lemploi dans les pays industrialisés de la mondialisation
dans ses différentes dimensions, les estimations restent
peu précises et entachées de nombreuses difficultés
conceptuelles et méthodologiques. Beaucoup moins nombreux
sont ceux qui se sont intéressés à limpact
de ces phénomènes sur les marchés du travail
dans les pays daccueil. Lexplication en réside
sans doute dans la concentration dune recherche scientifique
largement réalisée au Nord, sur le Nord, et dans
les institutions du Nord autant que dans des travaux théoriques
consacrés à limpact de linvestissement
et de louverture économique sur la croissance et
lemploi, en particulier dans des contextes de difficile
mobilisation de lépargne pour linvestissement
domestique ou à lintroduction de nouvelles
technologies [voir par exemple Benaroya, 2005 : 156]. Si
ces avantages sont indéniables en théorie, la
réalité est complexe. Si le jeu nest pas
à somme nulle comme le croyaient les mercantilistes,
il ne comporte par pour autant seulement des gagnants.
Quest-ce que la
migration des emplois ?
Comme lont justement
souligné récemment Bhagwati J., Panagariya A.,
Srinivasan [2004] dans un article consacré à lexternalisation,
il est important de définir précisément
les concepts utilisés pour ne pas embrouiller le débat.
Dans ce contexte, les termes qui reviennent de manière
récurrente sont ceux de délocalisation (relocation),
dexternalisation (outsourcing) transfrontalière
(offshore), de sous-traitance, dinvestissements
directs, de fragmentation ou segmentation de la production,
pour caractériser les stratégies des firmes, de
fuite, voire dexode des emplois, pour caractériser
les conséquences de ces stratégies sur le marché
de lemploi. Un récent rapport du Conseil dAnalyse
Économique explique que " La délocalisation
se définit comme la fermeture dune unité
de production en France, suivie de sa réouverture à
létranger, en vue de réimporter sur
le territoire national les biens produits à moindre coût,
et/ou de continuer à fournir les marchés dexportation
à partir de cette nouvelle implantation. "
[Fontagné, Lorenzi, 2005 : 12]. Cette définition
est cependant très restrictive, et comme le rappelle
F. Benaroya [2005 : 148] le terme de délocalisation
recouvre également le recours à la sous-traitance
internationale, qui nimplique pas de mouvements de capitaux,
et lon pourrait définir les délocalisations
de manière plus large par le déplacement de la
production de biens et services dun pays à un autre.
Cest également à la sous-traitance que renvoie
le terme dexternalisation, qui correspondait dans les
années quatre-vingt à lexécution
de certaines activités de lentreprise à
lextérieur de celle-ci, mais semble avoir pris
récemment un sens plus restreint lié aux activités
de service à distance. Comme le rappellent Bhagwati et
al. [2004], selon la définition de lOrganisation
Mondiale du Commerce, dans le cadre de lAccord Général
sur le Commerce et les Services, le Mode 1 correspond à
la fourniture transfrontalière de services, le fournisseur
et lacquéreur demeurant chacun dans leurs pays
respectifs. Si lexternalisation se distingue des investissements
directs étrangers de manière analytique et empirique
[Bhagwati et al., 2004 ; Fontagné et Lorenzi, 2005],
est-il réellement possible disoler ces stratégies
dans leurs effets sur le travail et lemploi dans les pays
source et dans les pays daccueil ? " En
pratique, il est extrêmement difficile de faire la part
des différents phénomènes, car les entreprises
combinent dans le temps les différentes stratégies
: la sous-traitance peut être loccasion de "
tester " un pays avant dy implanter une unité
de production délocalisée ; un investissement
direct à létranger destiné à
conquérir un marché émergent peut donner
lieu, dans un second temps, à une restructuration globale
de lappareil productif qui se traduit, dans les faits,
par une délocalisation. " [Benaroya, 2005 :
148].
Les délocalisations
peuvent prendre la forme particulière dinvestissement
direct à létranger, et la distinction, utile
sans doute lorsquil sagit de mesurer limpact
sur lemploi dans les pays de départ, apparaît
moins pertinente lorsque lon sintéresse aux
pays hôtes, même sil est vrai que, comme le
souligne J. Fayolle, dans son commentaire au rapport sur désindustrialisation
et délocalisations " limpact social dIDE
offensifs et de délocalisations défensives peut
être fort différent. Dans un cas, limplantation
dentreprises étrangères haut de gamme peut
être (sous conditions) facteur de diffusion de progrès
sociaux ; dans lautre les délocalisations peuvent
participer dun dumping sociofiscal destructeur "
[Fayolle, 2005 : 145]. Également observée
à lintérieur des frontières nationales
où elle suscite de vives inquiétudes du côté
des employés et des organisations syndicales, la sous-traitance
à lextérieur du territoire national a reçu
un meilleur accueil dans les pays du Sud, en particulier dans
une perspective de substitution aux importations. Elle néchappe
cependant pas à la critique adressée aux investissements
directs concernant les conditions de travail et de rémunération,
dans la mesure où elle sen différencie essentiellement
par le transfert du risque vers le fournisseur. Si dans sa forme
la plus récente quest lexternalisation des
services, elle a été la moins controversée
des modalités de commerce dans le cadre des négociations
de lUruguay Round en 1995 [Bhagwati et al., 2004 :
6], cest cette forme de délocalisation qui suscite
aujourdhui le plus de débats [voir en particulier
Amiti M., Shang-Jin W., 2004].
Ces différentes stratégies
des entreprises donnent lieu à des choix de localisation
de la production qui se traduisent par des mouvements de création
et de suppression demplois. La question de savoir si la
destruction demplois intervient au Nord et se traduit
par des créations demplois au Sud est beaucoup
plus complexe que ne le laisse supposer le débat politique
et social. Cest en référence à ce
débat qua été ici retenu le terme
de migration des emplois, qui fait écho à un débat
non moins médiatisé, sur les migrations internationales.
Dans un contexte de faible croissance économique dans
les pays industrialisés, de chômage important ici,
de précarisation de la main-duvre partout,
la tentation de repli sur des bases nationales et identitaires
est forte, malgré les injonctions des organismes internationaux
et des économistes qui soulignent les bénéfices
de la mondialisation même sils en contestent parfois
les formes, et le constat dun différentiel de croissance
démographique entre les pays du Nord et ceux du Sud.
De plus, comme nous le montrerons, la relation entre migration
de la main-duvre et migration des hommes relève
autant de la complémentarité que de la substitution.
Le terme de migration est utilisé ici de préférence
à celui de " fuite " qui est le pendant
de la fuite des cerveaux et renvoie à une réalité
plus circonscrite et plus récente, qui est celle du déplacement
au-delà des frontières nationales demplois
qualifiés.
Un contexte mondial en
mutation
Les stratégies dimplantation
pour la conquête de nouveaux marchés et de délocalisation
de la production sinscrivent dans un contexte historique
évoluant parallèlement aux développements
de la mondialisation favorisés par les progrès
technologiques, dont ils bénéficient et auxquels
ils participent, dans des environnements institutionnels en
mutation. La mondialisation et le progrès technique ont
entraîné une transformation des modes de gestion
de la production. Les investissements directs étrangers
(IDE) sont une forme déjà ancienne dimplantation
à létranger. De limplantation de filiale
à la co-entreprise, de la création au rachat dunités
de production, ses formes sont variées et ses effets
sont largement documentés. Contrairement à lexternalisation,
les IDE ont donné lieu à des travaux qui se sont
également intéressés au Sud
en raison de la présomption
dun impact négatif sur les pays de la zone engendrée
par les théories néo-marxiennes de léchange
inégal et de la dépendance, sous limpulsion
de Samir Amin. En termes de politique économique, un
certain nombre de pays du Sud ont adopté dans les années
soixante-dix des politiques de substitution aux importations
et de limitation des investissements directs étrangers.
Parmi ces pays, lInde figure de manière prééminente
pour avoir provoqué, par sa législation de 1973,
le départ dun grand nombre de multinationales.
Dautres pays, pendant la même période, autorisaient
ou encourageaient les investissements directs sur leur sol,
comme lÎle Maurice qui en a fait le fer de lance
de sa politique de développement, ou le Maroc où
la sous-traitance, en particulier dans le secteur textile-habillement,
sest développée dès avant les années
soixante-six. Le Viêt-nam communiste, finalement réunifié,
se voyait, quant à lui, imposer à la fin des années
soixante-dix un embargo international qui ne devait se terminer
quen 1994, mais adoptait dès 1987, soit un an après
le lancement de la politique de Renouveau qui marquait la fin
de la planification centralisée, sa première loi
sur les investissements directs étrangers. Les années
1980 sont marquées sur le plan de la théorie économique
par le recul des thèses dinspiration marxiste au
profit de lécole néo-classique et de la
nouvelle économie classique, tandis quen matière
de politiques économiques, louverture devient le
modèle dominant. Précipité par le démantèlement
du Comecon et la transition en URSS et dans les pays de lEst,
qui modifie les équilibres géo-économiques,
le mouvement de mondialisation est alimenté par ladhésion
dun nombre croissant de pays à lOrganisation
Mondiale du Commerce, dans un souci dintégration
internationale et damélioration de linsertion
dans la division internationale du travail. Lensemble
est orchestré par les organisations internationales qui
contribuent activement tout à la fois à la promotion
des politiques douverture, y compris par le biais de la
conditionnalité de laide, et à leur justification
théorique. En conséquence, de nombreux pays, y
compris parmi les plus récalcitrants, se sont engagés
dans une course aux investissements étrangers et à
la sous-traitance. La littérature économique des
pays du Sud reflète largement cette préoccupation,
sintéressant davantage aux déterminants
de lattractivité pour les entreprises et fournisseurs
étrangers quà ses conséquences.
Des effets mixtes sur
les qualifications, les rémunérations, la productivité
Les effets des stratégies
de localisation de la production sur le travail et lemploi
analysés dans la littérature économique
se déclinent du niveau international à celui de
la firme, en passant par les effets au niveau national, et à
celui des secteurs dactivité. Ils incluent limpact
sur lemploi à travers la croissance, mais aussi
sur la rémunération du travail en général,
et la question des inégalités en particulier,
la productivité du travail, et les qualifications. La
question de limpact de lexternalisation des services
sur le travail et lemploi dans les pays daccueil,
a été encore peu étudiée, au Nord
comme au Sud. Ce nest pas le cas des investissements étrangers,
qui ont fait lobjet de nombreux travaux. Sil semble
exister aujourdhui un relatif consensus sur les effets
globalement bénéfiques des IDE sur la croissance
des pays de départ comme des pays daccueil, la
nature, le sens et lampleur de la relation restent controversés.
Cest principalement dans leur impact sur la croissance
économique que résident les effets bénéfiques
des investissements directs étrangers. Dans les modèles
néoclassiques traditionnels de type Solow, avec mobilité
des facteurs de production et progrès technique exogène,
léquilibre de long terme est caractérisé
par la convergence des ratios capital-travail et des niveaux
de rémunération des facteurs -en particulier le
travail-, laccumulation du capital étant la principale
source de la croissance. Cette convergence est favorisée
par laccroissement des échanges internationaux.
Les modèles de croissance endogène aboutissent
à la même conclusion, à partir de lhypothèse
que linvestissement se traduit par un transfert de technologie,
le moteur de la croissance étant linnovation et
limitation. Un grand nombre de travaux empiriques montrent
cependant quil ny a aucun élément
de systématicité dans les effets dentraînement
des IDE sur les économies des pays daccueil [Hanson,
2001 ; Lim Ewe-Ghee, 2001 ; Moran T. H., Graham E.
M., Blomström M., 2005 ; Carkovic M., Levine R., 2005].
Ainsi, testant les hypothèses alternatives dun
effet déviction ou de stimulation des investissements
étrangers sur les investissements domestiques, Agosin
M. R., Mayer R. montrent quau cours de la période
1970-1996, " en Asie mais dans une moindre
mesure en Afrique il y a eu un fort effet de stimulation
des investissements domestiques par les IDE ; à
linverse, un fort effet déviction a été
la norme en Amérique latine " [2000, i].
En ce qui concerne la rémunération
du travail, de nombreux auteurs signalent les salaires relativement
élevés des personnels employés dans les
entreprises à capitaux étrangers et sous-traitantes
[Lipsey, Sjoholm, 2005 : 26]. R. C. Feenstra et G. H. Hanson
[1996, 1997], expliquent, à partir du cas des maquiladoras
au Mexique, que la mobilité des capitaux induit un renforcement
de la main-duvre qualifiée à la fois
dans le pays de départ et dans le pays hôte, entraînant
une appréciation relative de la rémunération
du travail qualifié par rapport au travail non qualifié
dans les deux pays. La question des rémunérations
dans les secteurs de services externalisés sinscrit
dans la même logique. Une abondance de main-duvre
à bon marché dans les pays fournisseurs, y compris,
le cas échéant, de main-duvre qualifiée,
ne préjuge pas de la rareté relative des qualifications
particulières que recherchent les entreprises étrangères.
Les industries intensives en main-duvre, dans lencadrement,
mais de manière plus cruciale encore, les industries
de haute technologie et les secteurs de service, ont besoins
de certains types de compétences qui allient généralement
au domaine technique des caractéristiques linguistiques
et culturelles. Cest la raison pour laquelle une partie
importante des donneurs dordres des entreprises sous-traitantes
dans les services combinent les séjours demployés
du fournisseur dans leurs locaux pour les former et réduire
les zones dincompréhension, et les visites sur
site. Outre le fait quil est parfois difficile de renvoyer
dans leur pays dorigine les personnels importés
de manière temporaire, on a pu constater en Inde, chez
les fournisseurs une forte rotation dun personnel dont
la formation, financée par une entreprise, peut être
mieux valorisée dans une autre. Cela a entraîné
une augmentation significative des rémunérations
visant à attacher le personnel à lentreprise,
qui a eu des effets importants localement sur un certain nombre
de prix, en particulier ceux de limmobilier, et plus généralement
un impact inflationniste, dans un contexte monétaire
stabilisé et une situation du marché du travail
caractérisée par une majorité demplois
à bas salaire et un chômage persistant, y compris
parmi les sortants de formations supérieures en sciences
de linformation et de la technologie. Au Viêt-nam,
pays dont le niveau déducation moyen est particulièrement
élevé par rapport à son niveau de revenu,
on a pu constater une rareté relative des personnels
dencadrement et de gestion, et des informaticiens alors
que les sortants de lenseignement supérieur dans
ces domaines ne sont pas épargnés par un chômage,
qui reste par ailleurs faible au plan national [Henaff, 2005].
Lhypothèse daccroissement des inégalités
de rémunération entre personnels qualifiés
et non qualifiés semble donc fondée, même
si la notion de qualification doit être précisée.
En outre, les inégalités ne touchent pas seulement
les niveaux de rémunération mais lensemble
des conditions de travail. On assiste actuellement dans les
pays du Nord comme dans ceux du Sud à une polarisation
des marchés du travail, et les hypothèses de dualisme
du marché du travail prennent à cette lumière
une signification nouvelle. La main-duvre non protégée
nest plus seulement la main-duvre travaillant
dans le secteur informel, mais bien la main-duvre
informalisée par le mouvement de précarisation
qui touche lensemble des salariés occupant un poste
dont la qualification ne justifie pas que lentreprise
cherche à en retenir le détenteur.
Pour M. J. Slaughter [2002],
ce sont les relations intra-firmes plus que les externalités
qui stimulent la demande de main-duvre qualifiée,
et par conséquent la qualification de la main-duvre.
Du côté de loffre, il reconnaît que
la situation est moins claire, dans la mesure où la contribution
directe des entreprises multinationales à la formation
reste limitée [Slaughter, 2002 : 18-21]. En Thaïlande,
en Malaisie, aux Philippines, et en Indonésie, les investissements
directs ne semblent pas avoir eu un impact significatif sur
les capacités technologiques industrielles locales, même
si des cas de formation de personnel de haut niveau ou de fournisseurs
locaux sont signalés [Thomsen, 1999 : 28]. Comme
le montre S. Lall [2002], aucune relation ne peut être
établie entre IDE et qualification de la main-duvre.
La relation avec la productivité est également
loin dêtre établie de manière non
équivoque [voir Fan, 2002 : 8-15]. Dune manière
générale, la littérature semble indiquer
que les effets de linvestissement direct sur la productivité
sont dautant plus forts quils sont directs, passant
par des relations intra-firmes ou par des relations de coopération
entre entreprises, que la production concernée est destinée
à lexportation, et donc soumise à la concurrence
internationale, et que lécart technologique entre
firmes étrangères et firmes domestiques est faible.
Les études économétriques sur le sujet
sont cependant entachées dun problème majeur
en ce quelles postulent une causalité univoque
entre les investissements directs et la productivité
sans tenir compte du fait que la croissance de la productivité
pourrait, comme le développement des investissements
directs, résulter de la croissance [Fan, 2004 : 14].
Enfin, les effets de la présence de travailleurs étrangers
dans les entreprises des pays daccueil, occupant des postes
généralement qualifiés ou dencadrement
pour lesquels la main-duvre locale na pas
les compétences requises est un élément
dont il faut tenir compte dans lappréciation de
leffet des investissements directs sur les qualifications,
mais sur lequel des recherches seraient nécessaires.
Pour R. E. Lipsey et F.
Sjoholm [2005], cette situation résulte moins des différences
de spécification des modèles utilisés que
des différences existant dans la capacité des
pays à bénéficier des IDE en fonction de
leurs caractéristiques propres, en particulier institutionnelles.
Ils concluent que " [
] la principale leçon
pourrait être que la recherche dune relation universelle
est futile. Dans ce cas, la question se déplace de la
manière dont les investissements affectent chaque pays
et chaque industrie, vers les types dindustries et de
pays qui sont affectés, et limpact sur chacun dentre
eux. " [Lipsey et Sjoholm, 2005 : 40].
Bas du formulaire
Un phénomène
Nord-Sud ?
Contrairement à ce
que pourraient laisser supposer les termes du débat politico-médiatique
sur limpact de lexternalisation et des délocalisations
sur lemploi, le phénomène est loin dêtre
un phénomène Nord-Sud.
Lessentiel des investissements
directs et de lexternalisation a lieu en direction de
pays de même niveau de développement, ou de niveau
proche. Au niveau mondial, les pays industrialisés
sont les principales sources mais aussi destinations des investissements
étrangers, en particulier, et dans lordre les États-Unis,
le Royaume-Uni, la France et lAllemagne [Unctad, 2005 :
39]. En termes de délocalisation, les estimations varient
de manière importante selon la technique utilisée
pour la mesure. P. Aubert et P. Sillard [2005] calculent
que sur la période 1995-2001, environ 6500 emplois auraient
été délocalisés à destination
des pays à bas salaires, soit un peu moins de la moitié
des emplois délocalisés à létranger,
tandis que G. Daudin et S. Levasseur aboutissent à un
chiffre de 45000 emplois par an pour la même période.
Selon L. Fontagné et J. H. Lorenzi, " La contribution
de la concurrence du Sud, avec les délocalisations quelle
implique, à la désindustrialisation en France
est jusquici restée limitée. On peut la
chiffrer à 10 % au maximum sur la période
1970-2002. " [2005 : 19]. La situation est équivalente
dans les autres pays industrialisés. Parallèlement,
la plus grande partie des investissements réalisés
au Viêt-nam proviennent de pays dAsie de lEst
et du Sud-est. Cependant, tous les observateurs notent ces dernières
années une accélération de lexternalisation
et des délocalisations des pays développés
vers les pays émergents, tandis que ces derniers investissent
également de manière croissante dans les pays
industrialisés. Sil y a migration des emplois,
le mouvement nest pas à sens unique.
Les évolutions sur
le marché du travail sont, dans le monde de plus en plus
intégré daujourdhui, des tendances
mondiales. Les entreprises du Sud néchappent donc
pas aux logiques qui animent leurs homologues du Nord, et on
a pu observer, dans le cas du Viêt-nam, que les entreprises
étrangères pouvaient adopter, dans certains cas,
des comportements similaires à ceux des entreprises locales
[Henaff, 2005]. Linternationalisation touche un nombre
croissant dentreprises, même si ce nombre est plus
restreint parmi les petites et moyennes entreprises, et les
effets observés sur le travail et lemploi dans
un pays donné peuvent résulter aussi bien des
comportements des firmes étrangères que de celui
des firmes locales. De fait, laccent mis dans la littérature
sur limportance de la capacité des entreprises
locales à bénéficier des effets dentraînement
générés par les investissements directs
suggère que les stratégies de ces dernières
pourraient être plus déterminantes, en termes de
conséquences sur le travail et lemploi au niveau
local que celles des entreprises étrangères. Dautant
quà de rares exceptions près, au nombre
desquelles figure lÎle Maurice, lemploi dans
les entreprises étrangères, ou au service de clients
étrangers, ne représente quune infime partie
de la population active employée dans les pays daccueil,
même lorsque calculée en proportion de lemploi
salarié. Le phénomène le plus marquant
de ces dernières années est, plus que limportance
absolue de lemploi dans ces entreprises, sa forte croissance.
Celle-ci a enregistré, dans des pays comme lInde
et le Viêt-nam, un taux de croissance supérieur
à celui enregistré dans le secteur domestique.
Cette situation peut-être interprétée comme
un signe de la contribution positive des investissements étrangers
et de lexternalisation à lemploi local, mais
ne doit pas occulter le fait que lon partait de niveaux
très bas, puisque lInde na commencé
à souvrir quen 1991, et que le Viêt-nam,
bien quayant lancé sa politique de réformes
en 1986, a été sous embargo américain jusquen
1994.
Enfin, la délocalisation
Sud-Sud est une dimension souvent oubliée dans les analyses,
malgré son importance. Elle est liée à
la question de la volatilité des investissements et des
contrats de sous-traitance, qui est pourtant fondamentale lorsque
lon veut étudier limpact à moyen et
long terme des IDE sur le marché du travail. Rien nempêche
une entreprise qui sest délocalisée à
se déplacer à nouveau si les conditions dans lesquelles
elle opère ne correspondent plus aux raisons pour lesquelles
le choix de la localisation avait été effectué
en premier lieu. Une étude récente signale ainsi
que lInde, leader mondial dans le domaine des exportations
de techniques de linformation, pourrait être victime
de son succès : laccroissement rapide des
coûts des opérations dans le pays incite certains
à proposer une relocalisation en Chine [neoIT, 2005].
Si cette menace spécifique sur lactivité
dexportation de services en Inde est peu réaliste,
en raison du manque de proximité, en particulier linguistique
et culturelle du pays avec les donneurs dordres, elle
est en revanche bien réelle, de manière générale.
Ainsi, lÎle Maurice a-t-elle vu une partie de ses
investisseurs émigrer vers la Chine [Grégoire,
2005]. Plus généralement, les choix de spécialisation
sur des industries à forte intensité de main-duvre,
comme le textile et lhabillement exacerbent la concurrence
entre les pays du Sud, à la fois en termes commerciaux
et en termes dattractivité pour les investissements
étrangers. Une autre dimension de la délocalisation
dans les pays du Sud, liée à la volatilité
des investissements, est la délocalisation sur le territoire
national. Ainsi lindustrie textile au Viêt-nam envisage-t-elle
de déplacer ses unités de production du Sud-est
du pays vers le centre pour contenir la progression des salaires.
Laugmentation du niveau de vie et la hausse du coût
de la vie, imputables au développement du pays, mais
sans doute aussi en partie aux investissements étrangers
étant donnée la concentration dans cette zone
a conduit les entreprises étrangères et locales
à recourir dans un premier temps à une main-duvre
recrutée dans les provinces les plus pauvres du delta
du Mékong. Les salaires ne suffisent cependant plus à
compenser le coût de la migration et les ouvrières
refusent désormais de travailler pour le salaire mensuel
de 600 000 dongs proposé (environ 32 euros). Puisque
la main-duvre ne veut plus aller aux usines, celles-ci
se proposent donc daller vers la main-duvre,
là où elle coûte le moins cher. J. Carrillo
[2003], met en évidence pour le Mexique un phénomène
dexpansion des zones de maquiladoras de la frontière
nord, où elles étaient apparues dans les années
soixante vers dautres zones à plus faible coût
salarial dans le reste du pays. Dans ces cas de figure, lemploi
dans le pays ne se modifie pas, mais limpact sur région
donnée est potentiellement fortement négatif si
dautres emplois ne sont pas crées pour compenser
les pertes.
Migration des emplois,
migration des hommes
Migration des emplois et
migrations des hommes sont des phénomènes étroitement
liés. La relation apparaît au premier abord comme
une relation de substitution : les obstacles mis en place
par les pays industrialisés en matière dimmigration,
forts en cette période de faible croissance économique
et de faible création nette demploi, limitent la
mobilité internationale de la main-doeuvre et incitent
donc les entreprises à se déplacer pour bénéficier
dune main-doeuvre à moindre coût. Mais
pour les pays du Sud, les deux mouvements peuvent être
complémentaires et contribuer ensemble au placement de
la main-duvre. Cest en particulier le cas
du Maroc, pays à partir duquel lémigration
vers lEurope reste forte, mais dont les caractéristiques
des migrants se sont modifiées sur la période
récente pour comporter davantage de travailleurs diplômés
[El Wazani Y., Souaf M., 2005]. Le phénomène est
trop récent pour que les effets puissent en être
évalués, mais le cas de lInde montre que
la tendance pourrait être positive à terme, à
condition que la migration soit suivie à un moment donné
dun retour, sous forme dune migration inversée,
ou dinvestissements [Leclerc, Khadria, 2005]. Dautres
pays avant lInde ont, comme la Corée, bénéficié
du retour de leurs ressortissants temporairement expatriés,
et cette main-duvre a joué un grand rôle
dans le développement de leur pays. Dans le cas de lInde
cependant, lexpatriation na que rarement un caractère
temporaire, et cest plutôt en termes de liens communautaires
quil convient danalyser la situation.
Or ces liens sont complexes.
Ainsi, dans le cas de lInde, lexode des cerveaux
a pu apparaître comme une perte pour le pays, même
si cette perte était compensée en partie par des
transferts monétaires. La présence dune
forte communauté indienne aux États-Unis, la prégnance
de lattachement de cette communauté à sa
culture et à son pays dorigine, et limportance
attachée par cette communauté particulière
de " cerveaux " à léducation
lui ont permis de contribuer au développement du secteur
de linformation et de la technologie en Inde, et à
lémergence de sa Silicon Valley à Bangalore
[Leclerc et Khadria]. Bien quayant émigré
pour des raisons et dans des conditions bien différentes
de celles des indiens, les vietnamiens de létranger
jouent également un rôle croissant dans le développement
économique du Viêt-nam. Si ce rôle est encore
limité par une législation très restrictive
à légard des étrangers quils
sont devenus, les autorités vietnamiennes semblent prendre
progressivement conscience du potentiel que représente
cette communauté émigrée, attachant elle
aussi une très grande importance à léducation,
dans les pays les plus riches du monde. La communauté
marocaine émigrée est également très
importante, mais elle a été caractérisée
dans le passé par labsence déducation
et de qualification, et nest donc pas susceptible de jouer
un rôle déterminant dans la création demploi
au Maroc [El Wazani, Souaf, 2005]. Les changements intervenant
dans les caractéristiques des migrants pourraient cependant
modifier cette situation dans lavenir. À lÎle
Maurice en revanche, les liens communautaires ont joué
dans lautre sens, la communauté chinoise de lÎle
attirant les investissements de leur pays dorigine vers
lÎle, contribuant ainsi significativement à
son développement [Grégoire, 2005].
Des
situations contrast仔s
Quatre cas sont présentés
dans ce numéro : le Maroc, lInde, lÎle
Maurice et le Viêt-nam. Chacun de ces pays est à
sa manière exemplaire pour la question que nous traitons
ici.
Le Maroc, destination privilégiée
des délocalisations industrielles dans les industries
à forte intensité de main-duvre du
fait de sa proximité géographique, historique
et culturelle avec lEurope, attend encore son décollage.
Larticle de Youssef El Wazani et de Malika Souaf explique
que la contribution des investissements étrangers à
la création demploi a jusquà présent
été modeste, malgré laugmentation
de ces investissements. En termes de qualifications, les emplois
générés par les investissements directs
sont pour lessentiel des emplois à faible qualification
parce que le pays a attiré essentiellement des industries
à forte intensité de main-duvre cherchant
un abaissement de la rémunération du travail et
une législation du travail plus flexible. La structure
de lactivité économique, centrée
sur les secteurs du tourisme, de la pêche et de lagriculture
rendent le pays dépendant des aléas climatiques
et politiques, tandis que ses choix de spécialisation
ne le placent pas dans une position très favorable face
à la concurrence des pays émergents, en raison
de ses coûts de main-duvre, qui pour être
plus faibles que ceux des pays du Nord, restent supérieurs
à ceux de leurs concurrents. Le faible dynamisme de léconomie
se traduit par un taux de chômage élevé
et la tentation de la migration, qui touche un nombre croissant
de jeunes diplômés. Les emplois créés
au Maroc sont peu ou pas qualifiés, alors quune
partie de la main-duvre, fortement éduquée
quitte le pays dans lespoir dobtenir ailleurs les
emplois qualifiés quils ne trouvent pas chez eux.
Alors que le bilan est plutôt négatif, un nouvel
espoir est né avec lexternalisation des services,
secteur dans lequel le Maroc a, à linstar de ses
voisins immédiats du Maghreb et plus distants dAfrique
sub-saharienne, un réel avantage comparatif en termes
de proximité linguistique et culturelle avec le monde
francophone. Reste posée la question de la concurrence
entre les différents pays qui disposent du même
avantage comparatif, et de la volatilité de ces activités.
LInde, lun des
leaders du mouvement des pays non alignés, ne sest
rallié que tardivement à louverture, et
cela de manière contrôlée. Contrairement
au Maroc, elle a connu au cours des années 1990 une croissance
forte par rapport aux périodes antérieures, mais
connaît également un taux de chômage élevé,
en particulier parmi les diplômés. Cest ce
chômage, ainsi que les conditions de travail et de rémunération,
qui avaient poussé des générations de jeunes
diplômés indiens à sexpatrier, principalement
vers la Grande Bretagne et les États-Unis, en raison
dune proximité linguistique et culturelle maintenue
par lorganisation du système éducatif indien.
Larticle dÉric Leclerc et Binod Khadria explique
que ce sont ces migrants qui reviennent aujourdhui investir
dans leur pays dorigine, tandis que le choix de lInde
comme destination pour les délocalisations a été
largement influencé par les communautés indiennes
aux États-Unis. Mais alors que " le retour
des cerveaux " ne se traduit pas par leur réinstallation
en Inde, la fuite des cerveaux se poursuit. Si le développement
des exportations de services dans le secteur des nouvelles technologies
de linformation sest traduit par une importante
création demplois, à la fois dans le pays
et aux États-Unis, elles na pas effacé les
tensions sur le marché du travail, et le différentiel
de rémunération entre les États-Unis et
lInde reste fortement incitatif. Les auteurs attirent
également lattention sur le fait que la médiatisation
du développement du secteur des exportations de services
en Inde ne doit pas occulter limportance des importations
de service permises par les dispositions de lAccord Général
sur le Commerce et les Services.
LÎle Maurice
est un cas rare, en Afrique de décollage économique.
A travers lhistoire du développement économique
de lÎle, Emmanuel Grégoire montre comment
le choix de louverture par les autorités mauriciennes
a permis lentrée dans le pays de capitaux étrangers,
stimulant linvestissement domestique, et permettant, par
une montée en gamme de la production du pays, de résorber
le chômage. La mise en place dune zone franche et
dune politique dincitations, en particulier fiscales,
a été un facteur déterminant dans cette
évolution. Principalement spécialisée dans
le textile, la zone Franc, qui est aujourdhui le premier
employeur du pays a eu un effet important dans la transition
dune main-duvre agricole vers une main-duvre
industrielle, et des effets dentraînement importants
ont pu être dérivés des relations commerciales
avec les clients et les donneurs dordres. En termes de
rémunération, le retour au plein emploi a entraîné
des tensions sur le marché du travail, une forte mobilité
de la main-duvre qualifiée et une croissance
des coûts salariaux supérieure à celle de
la productivité. La situation actuelle du textile et
de lhabillement est une situation de crise, liée
à labolition au début de lannée
des quotas dans le textile, qui expose directement le pays à
la concurrence internationale de pays dont les coûts de
production sont plus faibles. Diversification des activités,
délocalisation à Madagascar ou en Tanzanie, importation
de main-duvre sont les différentes stratégies
mises en uvre par les entreprises implantées à
Maurice pour abaisser les coûts de production dans les
années quatre vingt dix. Le thème de la volatilité
des capitaux, évoqué dans les cas du Maroc et
de lInde est également abordé à travers
lessor important qua connu la zone franche dans
les années 1980, lié en particulier à lafflux
de capitaux de Hong-Kong en prévision de sa rétrocession
à la Chine, et le mouvement récent de reflux des
capitaux vers lAsie, plus compétitive. Les tentatives
actuelles du gouvernement pour développer les activités
dexportation de services dans le secteur des nouvelles
technologies se heurtent à la difficulté pour
les entreprises de trouver sur le marché la main-duvre
présentant les compétences requises. Comme dans
le cas de lInde, le personnel qualifié étant
rare, il est fortement mobile, entraînant une forte pression
à la hausse des salaires et compromettant à terme
la compétitivité du pays dans le secteur.
Pays en transition, le Viêt-nam
a fonctionné jusquau milieu des années 1980
dans un système de planification centralisée et
dans le réseau déchanges internationaux
et de coopération économique du Comecon. Le pays
a placé des espoirs importants dans les bénéfices
quil pouvait retirer des investissements étrangers
en matière de transferts de technologie. Le Viêt-nam
cherche à se placer sur les segments les plus élevés
de la chaîne de production, misant sur laccumulation
du capital humain. Or si le niveau déducation de
la population est élevé, et constitue incontestablement
un atout aux yeux des investisseurs étrangers, la formation
professionnelle reste un secteur sinistré, victime de
son organisation antérieure dans le cadre de la planification
centralisée. Or comme le montre larticle de N.
Henaff, la contribution des entreprises étrangères
à la formation de la main-duvre est plus
que modeste. Cette situation tient à la fois à
la faiblesse de limportance relative de lemploi
généré par les entreprises étrangères
au Viêt-nam, même si le taux de croissance de lemploi
dans ces entreprises est supérieur à la moyenne
nationale, et à la concentration sur une très
faible partie du personnel employé dun effort de
formation qui reste limité au minimum vital. Comme dans
les autres pays étudiés dans ce numéro,
le manque de personnel qualifié, ou plutôt le manque
de personnels possédants certains types de compétences
a entraîné une hausse des salaires relatifs de
ces personnels dans une tentative, de la part des entreprises,
de se les attacher, et un minimum de formation, dans la crainte
de les voir aller valoriser ailleurs leur savoir nouvellement
acquis. Dans le cas du Viêt-Nam, on observe une convergence
dans les modes de gestion de la main-doeuvre entre les
entreprises étrangères et les entreprises vietnamiennes,
et une différenciation croissante entre les différents
types de personnels en termes de conditions demploi, de
rémunération, et daccès à
la formation et à de véritables carrières.
Ces quatre études
de cas portant sur des pays dont les tailles, les situations
initiales et les trajectoires sont différentes, mais
convergent sur un certain nombre de constats dans leur analyse
des effets des stratégies des entreprises étrangères
dans les pays du Sud. Si lexistence deffets dentraînement
semble avérée dans le cas de Maurice, ils semblent
inexistants dans le cas du Maroc, et indissociables des effets
de la croissance en Inde et au Viêt-nam. En revanche,
limpact dun accroissement de la demande de main-doeuvre
qualifiée entraîne partout une augmentation des
rémunérations pour ceux qui répondent aux
besoins des entreprises, creusant de manière croissante
lécart avec la main-doeuvre non qualifiée.
En outre, il existe un risque déviction potentiel
des entreprises domestiques dans le recrutement de personnels
qualifiés en situation de rareté de ces types
de personnels, parce quelles ne peuvent généralement
pas offrir des niveaux de rémunération équivalents
à ceux des entreprises étrangères. Il apparaît
que les développements récents sur les marchés
du travail des pays étudiés ici résultent
davantage de la mondialisation dans ses formes actuelles que
de limpact des stratégies des entreprises étrangères,
qui nen sont que lun des éléments.
Peut-on alors parler de
migration des emplois ? Probablement pas. Le phénomène
est trop retreint pour acquérir le caractère de
permanence que suggère lutilisation du terme de
migrations. Dautre part, si la création demplois
dans les pays du Sud par les entreprises du Nord résulte
parfois de la destruction demplois dans les pays du Nord,
les pays du Sud créent également des emplois au
Nord, en particulier, comme le suggèrent E. Leclerc et
B. Khadria, pas le biais de leurs importations de services qui
restent beaucoup plus importantes que leurs exportations de
services, mais aussi de manière croissante par le biais
dinvestissements directs. Si les craintes des employés
du Nord semblent fondées en termes de précarisation
de la main-duvre, en particulier de la main-duvre
occupant des postes de travail non qualifié, le phénomène
reste marginal au regard des pertes demploi liées
à dautres facteurs, et lextension de la précarité
touche autant les employés des pays du Sud. Ces pays
doivent rester prudents dans les espoirs quils placent
dans lattraction des investissements étrangers,
comme le suggèrent un certain nombre dauteurs,
et conscients de la volatilité de ces investissements.
Ils doivent également être avertis du fait quil
leur appartient de mettre en place les conditions nécessaires
à la maximisation des effets bénéfiques
de linvestissement étranger et de lexternalisation,
en particulier par la mise en uvre dun système
déducation-formation performant, répondant
aux besoins des entreprises et tirant le meilleur parti des
importations de formation en provenance de pays ayant sur eux
un avantage scientifique et technique évident.
Références
Agosin M. R.,
Mayer R., [2000], Foreign Investment in Developing Countries,
Does it Crowd in Domestic Investment?, Discussion Paper No.
146, UNCTAD.
Amiti M., Shang-Jin
Wei [2004], Fear of Service Outsourcing: Is It Justified?,
NBER Working Paper Series, Working
Paper 10808, Cambridge, Massachusetts, National Bureau of
Economic Research, 40 p.
Aubert P., Sillard
P. [2005], Délocalisations et réductions deffectifs
dans lindustrie française, Série des documents
de travail de la Direction des Études et Synthèses
Économiques, Document G 2005 / 03, Paris, Insee,
47 p.
Benaroya F. [2005],
Le point sur... les délocalisations, in Fontagné
L., Lorenzi J.-H., 2005, Désindustrialisation,
délocalisations, Conseil dAnalyse Économique,
Paris, La Documentation française : 147-162.
Bhagwati J.,
Panagariya A., Srinivasan T.N. [2004], The Muddles over Outsourcing,
Journal of Economic Perspectives, vol. 18 N° 4 : 93-114.
Carkovic M.,
Levine R. [2005], Does Foreign Investment Accelerate Economic
Growth ?, in Moran T. H., Graham E. M., Blomström
M. (éds.) [2005a], Does Foreign Direct Investment Promote
Development? Institute for International Economics, Washington
DC : 195-220.
Carrillo J.,
de la O M. E.[2003], Las dimensiones del trabajo en la industria
maquiladora de exportación en México, in De
la Garza E., Salas C., Situación del trabajo en México,
2003, Capítulo XIII México: Plaza y Valdés-
Instituto de Estudios del Trabajo, 297-321
Daudin G. et
al., [2005], Competition From Emerging Countries, International
Relocation and Their Impacts on Employment, Document de travail
n° 2005-09, Paris, Observatoire Français
des Conjonctures Économiques, 78 p.
Daudin G., Levasseur
S. [2005], Offshore Relocations and Emerging Countries
Competition: Measuring The Effect on French Employment, In
Daudin G. et al., Competition From Emerging Countries, International
Relocation and Their Impacts on Employment, Document de travail
n° 2005-09, Paris, Observatoire Français
des Conjonctures Économiques : pp. 5-26.
De la Garza E.,
Salas C. [2003], Situación del trabajo en México,
2003, México: Plaza y Valdés- Instituto de Estudios
del Trabajo, 378 p.
El Wazani Y.,
Souaf M. [2005], La place de lemploi dans la politique
de promotion des investissements étrangers au Maroc,
dans ce numéro.
Fan E. X. [2002],
Technological Spillovers from Foreign Direct Investment -
A Survey, Economics and Research Department, ERD Working Paper
Series No. 33, Asian Development Bank, Manila, 24 p.
Fayolle J. [2005],
Commentaire, in Fontagné L., Lorenzi J.-H., Désindustrialisation,
délocalisations, Conseil dAnalyse Économique,
Paris, La Documentation française : 141-146.
Feenstra R. C.,
Hanson G. H. [1996], Globalization, outsourcing, and wage
inequality, American Economic Review, Vol. 86 : 240-245.
Feenstra R. C.,
Hanson G. H. [1997], Foreign Direct Investment and Relative
Wages: Evidence from Mexico's Maquilaroras, Journal of International
Economics 42 : 371-393
Fontagné
L., Lorenzi J.-H. [2005], Désindustrialisation, délocalisations,
Conseil dAnalyse Économique, Paris, La Documentation
française, 399 p.
Gereffi G., Sturgeon
T. J. [2004], Globalization, Employment and Economic Development:
A briefing paper, Sloane Workshop Series in Industry Studies,
Massachusetts Institute of Technology, Industrial Performance
Center, Rockport, Massachusetts, 22 p.
Grégoire
E. [2005], la migration des emplois a l'île maurice,
la filière textile et les " TIC ",
dans ce numéro.
Hanson G. H.
[2001], Should Countries Promote Foreign Direct Investment?,
Research papers for the Intergovernmental Group of Twenty-Four
on International Monetary Affairs, G-24 Discussion Paper Series
N°9, Center for International Development, Harvard University,
United Nations Conference on Trade and Development : New York
and Geneva, 31 p.
Henaff N. [2005],
Investissements directs étrangers, mondialisation et
emploi au Viêt-nam, dans ce numéro.
INSEE [2005],
Délocalisations et réductions deffectifs
dans lindustrie française in LÉconomie
française, Comptes et dossiers 2005-2006, Collection
Références, Paris, Insee : 57-89.
Jean S. [2001],
Les effets de la mondialisation sur lemploi dans les
pays industrialisés : survol de la littérature
existante, Document OCDE DSTI/EAS/IND/SWP(2001)7, Paris, 23
p.
Lall S. [2002],
The Employment Impact of Globalisation in Developing Countries,
Working Paper N° 93, Queen Elizabeth House, Working Paper
Series, Oxford University : 22 p.
Leclerc E., Khadria
B. [2005], Exode des emplois contre exode des cerveaux, les
deux faces dune même pièce ?, dans
ce numéro.
Lim Ewe-Ghee
[2001], Determinants of, and the relation between, Foreign
Direct Investment and Growth: A Summary of the Recent Literature,
IMF Working Paper WP/01/175, Middle Eastern Department, 2001,
27 p.
Lipsey R. E.,
Sjoholm F. [2005], The Impact of Onward FDI on Host Countries:
Why Such Different Answers?, in Moran T. H., Graham E. M.,
Blomström M. (éds.), Does Foreign Direct Investment
Promote Development? Institute for International Economics,
Washington DC : 23-43.
Mann C. [2003],
Globalization of IT Services and White Collar Jobs: The Next
Wave of Productivity Growth, International Economics Policy
Briefs, n° PB03-11, Institute for International Economics,
Washington DC, 13 p.
Moran T. H.,
Graham E. M., Blomström M. (éds.) [2005a], Does
Foreign Direct Investment Promote Development? Institute for
International Economics, Washington DC, 440 pp.
Moran T. H.,
Graham E. M., Blomström M. [2005b], Introduction and
Overview, in Moran T. H., Graham E. M., Blomström M.
(éds.), Does Foreign Direct Investment Promote Development?
Institute for International Economics, Washington DC, 1-19.
neoIT [2005],
Research Summary : Mapping Offshore Markets Update 2005,
Offshore Insights Market Report Series, Vol. 3, Issue 8, San
Ramon, CA, 24 p. [www.neoIT.com].
Slaughter M.
J. [2002], Does Inward Foreign Direct Investment Contribute
to Skill Upgrading in Developing Countries? CEPA Working Paper
2002-08, Center for Economic Policy Analysis, New-York, 34
p.
Smarzynska B.
K. [2002], Does Foreign Direct Investment Increase the Productivity
of Domestic Firms? In Search of Spillovers through Backward
Linkages, World Bank Policy Research Working Paper 2923, Washington
DC, 29 p.
Tain-Jy Chen,
Ying-Hua Ku [2003],The Effects of Overseas Investment on Domestic
Employment, NBER Working Papers 10156, National Bureau of
Economic Research, 27 p. [http://www.nber.org/papers/w10156].
Thomsen S. [1999],
Southeast Asia : The Role of Foreign Direct Investment Policies
in Development, Working Papers on International Investment,
Directorate for Financial, Fiscal and Enterprise Affairs,
OCDE, 33 p.
UNCTAD [2005],
Transnational corporations and the internationalization of
R&D, World Investment Report 2005, United Nations, New
York and Geneva, 2005, 366 p.