Régulation des naissances et santé sexuelle : où sont les hommes ?
Armelle Andro (Démographe, Université Paris 1) et Annabel Desgrées du Lou (Démographe, IRD)
Si les femmes portent les grossesses et enfantent, les hommes n’en ont pas moins un rôle crucial à toutes les étapes des processus de reproduction : comme partenaires de la procréation bien sûr, mais aussi comme détenteurs d'une large part du pouvoir de décision au sein de la sphère conjugale et familiale, comme détenteurs majoritaires du pouvoir politique et économique, et plus généralement comme ceux qui sont « dominants » au sein de la sphère sociale.
Pourtant, ils sont largement exclus de l'analyse scientifique traditionnelle de la reproduction. Ce paradoxe trouve ses sources dans l'historique de l'élaboration des cadres d’analyse scientifique de la fécondité, cadres traditionnellement axés sur les femmes. En 1994, la conférence sur la Population et le Développement, au Caire, a marqué une rupture dans cette manière d’aborder la fécondité et la régulation des naissances : auparavant traitée dans les instances internationales comme un des aspects de la « santé de la mère et de l’enfant », la planification familiale prend alors place dans un concept plus large, la Santé de la reproduction. C’est la possibilité pour tous, femmes et hommes, d’avoir une sexualité sans danger, de se reproduire en ayant le nombre d’enfants souhaités, au moment voulu, et ce sans danger pour la mère et l’enfant. Ce changement de paradigme a permis d’adopter le concept de « droits sexuels et reproductifs ». Il conduit aussi à penser la gestion de la sexualité et de la reproduction comme un phénomène complexe, dont les enjeux varient tout au long du cycle de vie des individus, hommes et femmes. Cela nécessite une prise en compte de tous les acteurs de la sphère sexuelle et reproductive. A ce titre, cette nouvelle approche ne se focalise plus seulement sur les femmes, mais aussi sur les rapports de genre, et tient compte de la place centrale des hommes dans ce domaine. Cependant, force est de constater, près de 15 ans après cette conférence du Caire, que les hommes restent les parents pauvres des recherches dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Le peu de recherches menées sur les hommes et la santé de la reproduction l’ont été essentiellement dans les pays du Sud qui sont de ce point de vue plus avancés dans les connaissances et les réflexions que les pays du Nord.
Envisager la reproduction dans une perspective de genre, c'est à dire comme un enjeu du rapport social entre les sexes, implique de marquer une rupture par rapport à l'analyse traditionnelle des processus reproductifs. Quelle est aujourd’hui la place des hommes dans le contrôle de la fécondité et la gestion des risques sexuels ? Comment intégrer les hommes dans un cadre conceptuel pertinent ? Cette réflexion reste à mener, en gardant à l’esprit les difficultés qu’elle recèle : si l’absence de prise en compte des hommes conduit à des blocages dans l’amélioration des divers aspects de la santé reproductive, à l’inverse on peut s’inquiéter d’une réintégration du pouvoir masculin dans la sphère reproductive, qui s’opposerait à la liberté des femmes à disposer de leur corps.
Ce numéro sur la place et le(s) rôle(s) des hommes dans le domaine de la santé de la reproduction a pour objectif de confronter les idées sur ce thème et d’établir un état des lieux de la réflexion et des questions qui se posent aujourd’hui en interrogeant particulièrement les différences et similitudes entre pays du Sud et du Nord.
Cette réflexion se décline en plusieurs axes thématiques : on interrogera la place des hommes en tant qu’individus concernés par la santé sexuelle et reproductive, mais aussi en tant qu’acteurs ou décideurs des programmes de santé reproductive. Pour quelles raisons les hommes sont encore peu ou mal pris en compte dans les programmes de santé reproductive ? Pourquoi la contraception masculine est-elle encore si peu développée ? Comment se négocient, entre hommes et femmes, les pratiques contraceptives ? Les hommes sont-ils un frein ou un moteur dans les contextes de diffusion des nouvelles méthodes de contraception dans les pays en transition ? On s’intéressera en particulier aux rapports des hommes avec l’avortement : même dans les pays où il est légal, des études récentes révèlent qu’il est fréquemment pratiqué clandestinement, avec un coût élevé pour les femmes, tant financier que sanitaire. Quelles sont la place et l’attitude des hommes dans ces processus à risque, en matière de décision, de partage des coûts ? La prévention des risques sexuels (VIH/IST) paraît plus concerner les hommes. Est-on dans un schéma de genre selon lequel aux hommes est dévolue la prévention des risques sexuels, et aux femmes la prévention des risques liés à la procréation ? Pour répondre à ces différentes questions, on privilégiera plutôt des travaux concernant les pays du Sud mais en gardant un intérêt pour les expériences dans les pays du Nord notamment dans une perspective comparative.
Les
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le
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les articles sélectionnés devront être remis
le 15 janvier 2009