Résumé


Lorsque le Far East n'était pas le Far West. La dynamique de l'appropiation foncière dans un ancien "no man's land" de basse Côte d'Ivoire

Jean-Philippe Colin

Directeur de recherche à l'IRD, UR "Régulations foncières, politiques publiques et logiques d'acteurs", associé à l'UMR MOÎSA, Montpellier

avec la contribution de Georges Kouamé et Débégnoun Soro

Etudiants de l'Institut d'Ethno-sociologie (Abidjan), membres du Laboratoire d'Études Foncières de Côte d'Ivoire.


Ce texte traite des conditions d'émergence et de transfert des droits sur la terre dans un contexte de véritable micro-frontière interstitielle, dont la colonisation s'est opérée en dehors du rapport autochtones/migrants qui tend à structurer la question foncière en Côte d'Ivoire. L'analyse historique des conditions de la colonisation agricole montre que ce contexte ne renvoie cependant pas à un véritable vide institutionnel, dans la mesure où des principes partagés par les pionniers de différentes origines permirent de réguler l'accès initial à la terre. Par la suite, le caractère de frontière a facilité les transactions foncières, dans la mesure où le droit du pionnier sur la terre ne venait pas d'un héritage coutumier et lui permettait donc de disposer de la terre en tant que bien propre. Contrairement à ce que l'on observe fréquemment en zone forestière de Côte d'Ivoire, ces ventes de terre peuvent être considérées comme "complètes". Les conditions initiales d'accès à la terre (pas de détenteurs coutumiers de droits fonciers, pas de tutorat, droit fondé dans le défrichement), l'absence d'enjeu foncier autochtone et le caratère de ventes complètes des transactions foncières sont autant d'éléments qui contribuent à expliquer l'absence de remise en cause des droits fonciers, y compris dans le contexte socio-politique actuel.

Mots-clés : Côte d'Ivoire - Sanwi - Autochtones - Migrants - Front pionnier - Accès à la terre - Droits fonciers - Droits coutumiers - Marché foncier - Conflit foncier.