Résumé


En marge de la loi et au coeur de la politique locale. Colonisatin agraire des forêts classées au Nord Ghana

David Andrew Wardell* et Christian Lund**

*Institute of Geography, University of Copenhagen **Associate professor, Ph.D., International Development Studies, Roskilde University


Les réserves forestières correspondent à la création politique de frontières entre l'habité et l'inhabité, partant de l'idée que la mise en réserve est indispensable à la protection de l'intégrité des ressources naturelles. La politique forestière du Ghana d'après l'indépendance a été caractérisée par la centralisation, l'exclusion et une législation restrictive. Toutefois, les terres dont s'est emparé le gouvernement n'ont pas toujours été à proprement parler acquises par celui-ci ; par conséquent, le foncier a toujours appartenu, et appartient encore aux propriétaires originels, bien qu'on leur en refuse formellement l'accès. Les pratiques de gestion des ressources forestières au nord Ghana diffèrent de façon radicale des politiques affichées. Une forme d'arrangement plus subtile, négociée et influencée par le politique continue de prévaloir aujourd'hui. Les autorités administratives et politiques ont longtemps toléré que certaines zones de réserves forestières soient (re)colonisées par les agriculteurs locaux. La frontière est poreuse et fournit un contexte générateur de rentes monétaires et politiques aux hommes politiques lorsqu'ils protègent et admettent l'exercice de droits attribués aux acteurs par les autorités coutumières. Ainsi se met en place un système foncier complexe, "feuilleté", étroitement lié aux questions de politiques locales, qui participe d'une re-définition continuelle de la légalité et des droits à la propriété.

Mots-clés : Région du Nord-Est - Ghana - forêts classées - législation foncière - droits négociés - politique locale.