Pierre
BONTE, " Faire fortune au Sahara (Mauritanie): permanences
et ruptures "
Depuis plus dun millénaire, les populations sahariennes
ont été entraînées dans les mouvements
déchanges transsahariens, dont elles ne semblent
cependant véritablement tirer un bénéfice
commercial direct quà partir du XIXe siècle
lorsque linscription de ces mouvements au sein du marché
mondial suscite un premier essor commercial et financier local.
Les premières fortunes sahariennes datent de la seconde
moitié de ce siècle; la colonisation va contribuer
à leur développement. Dans un contexte de domination
et de crise, dont les effets sociaux sont indéniablement
dramatiques, de nouveaux investisseurs locaux se révèlent.
Occupant rapidement le domaine de la distribution et du demi-gros,
mais aussi celui du commerce international du bétail
et des céréales, ces investisseurs tentent de
tourner par tous les moyens le monopole colonial, particulièrement
pesant dans le domaine
bancaire. La création de " sociétés
commerciales " (sharika) et lutilisation des solidarités
tribales (casabiyyât) leur permettront de préserver
leur place sur le marché malgré les options étatiques
dans le domaine commercial, jusquà ce que la création
dune monnaie nationale, la sortie de la zone franc et
le développement du secteur bancaire permettent à
ces " boutiquiers " de se transformer en redoutables
hommes daffaires.
Mots
clés: Banques Boutiquiers Colonisation
Commerce Crises État Investissements
Mauritanie Sharika Solidarités tribales.