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Résumé


 

 

 

 

 

 

 


Stéphane de TAPIA, " Les réfugiés dans la construction de l'État-nation turc "


La Turquie est depuis les années soixante avant tout connue comme pays d'émigration, pays d'origine de nombreux travailleurs émigrés ou réfugiés. Cependant, on oublie souvent qu’elle a été et reste d'ailleurs un pays d'immigration. Devenu récemment pays de transit et même d'immigration pour des migrants cherchant en Europe ou en Turquie même un travail, l'ex-Empire ottoman transformé en République a attiré depuis 1771 des millions de réfugiés et personnes déplacées à l'occasion de nombreux conflits dans les Balkans, les pays de la Méditerranée orientale, du Caucase et de la mer Noire. Quelques petits groupes sont même venus de Sibérie ou du Xinjiang chinois. Tous n'étaient pas turcophones, ni même d'origine turcophone, mais, à l'exception de rares chrétiens alliés un moment à l'Empire, tous étaient musulmans. Cet article propose un bilan politique de la venue de ces réfugiés qui ont, dans l'émergence de la Turquie contemporaine, joué un rôle immense, non seulement de par leur apport démographique, mais bien aussi par le transfert de leurs idéologies, croyances et convictions. Si la Turquie actuelle est aussi turque, aussi homogène qu'elle l'est devenue sur un substrat complexe de mosaïque ethnique, c'est paradoxalement aussi par l'action de Slaves, de Grecs, de Caucasiens ou d'Albanais qui avaient en commun un islam venu de Turquie ottomane.

Mots clés : Turquie – Balkans – Caucase – Immigration – Réfugiés – Muhacirs – Construction de l’identité – Nationalisme.