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Résumé


 

 

 

 

 

 

 

 

Janet ROITMAN, “La garnison-entrepôt”


Dans ce texte, on analyse les significations et les conséquences tangibles de la garnison-entrepôt dans le bassin du lac Tchad. La garnison-entrepôt est une institution historique ; c’est un lieu où se concrétisaient des pratiques et significations qui sont à la fois commerciales et militaires. Son histoire fait partie des conquêtes et pratiques d’accumulation basées sur la violence (esclavage, razzias, spoliation). Aujourd’hui, la normalisation de la violence au service de certaines formes d’accumulation est évidente. De plus, l’évolution de l’économie politique dans le bassin du lac Tchad est telle que la garnison-entrepôt émerge comme lieu de redistribution et d’autorité fiscale. Elle participe à l’intensification et l’expansion des circuits commerciaux régionaux, à partir desquels est exercée la régulation (primes, prestations, rentes) et le contrôle d’une main-d’œuvre (gardes, coursiers, contrebandiers, intermédiaires). Ces derniers vivent les frontières physiques et la réglementation nationale d’une manière ambiguë. Sans doute, la garnison-entrepôt est une forme historique de pouvoir qui concurrence l’État-nation. Mais cette contre-fiscalité est très bien exploitée, et même encouragée, par les administrations de la région. Les rapports fiscaux qui se dessinent à travers ce phénomène de frontière sont essentiels à la recherche de nouvelles assises de pouvoir économique dans le bassin.

Mots clés : Garnison-entrepôt – Violence – Accumulation – Régulation – Redistribution – Fiscalité – Contrebande – Économie informelle – Économie politique régionale – État-nation – Bassin du lac Tchad – Cameroun – Tchad.